SYMFONIA PIESNI ZALOSNYCH | KADER ATTOU [création 2010]

SYMFONIA PIESNI ZALOSNYCH | KADER ATTOU [création 2010]

A propos de symfonia pieśni żałosnych

La danse et les créations chorégraphiques de Kader Attou se caractérisent en particulier par une poétique où l’expression des sentiments est centrale. Chorégraphe engagé, un des traits de sa signature se situe dans la dimension imageante de la musique qui porte l’émotion.

Depuis l’âge de vingt ans, Kader Attou est emmené par la Symphonie n°3 dite des Chants plaintifs, Symfonia Pieśni Żałosnych, de Henryk Mikołaj Górecki. La version enregistrée par la soprane Dawn Upshaw et le London Sinfonietta, dirigés par David Zinman est le socle de la nouvelle pièce de Kader Attou. Pour la première fois, il s’attache ici à l’intégralité d’une oeuvre musicale. Cette nouvelle création en explore l’ensemble des aspects compositionnels et sensibles, se laisse transporter par la voix, traverser par la force mélodique et s’unit au message d’espoir.

Kader Attou vit son identité de danseur chorégraphe comme l’île imaginaire et créatrice de l’entre deux rives. Son questionnement intime sur les origines, le métissage et l’altérité assoit un regard et un univers chorégraphique ouverts sur le monde, les autres cultures et les autres danses.

Dans le frottement des aspérités de chaque danseur, l’attention portée à l’autre, Kader Attou fabrique une communauté de corps où l’émotion et le sens surgissent, offrande humaniste de la danse.

Au-delà des styles, le geste dansé est préservé comme un cadeau précieux, reflet de la richesse de l’humanité. Kader Attou ne cherche pas l’uniformisation des corps en mouvement. Sa recherche dansée se fonde sur la singularité de chaque danseur et la reconnaissance des similitudes, des parentés du geste et des énergies de la communauté dansante. Et la sincérité de cette dialectique des différences résonne en chacun de nous.

Henryk Mikołaj Górecki est l’un des trois grands compositeurs contemporains polonais. Né en 1933, il entre sur la scène musicale au début des années soixante. Dans le contexte musical de l’époque, son écriture va à rebours des codes musicaux de la création contemporaine : l’utilisation du mode tonal et de formes musicales connues et reconnues (canon, fugue) est le moyen d’exprimer des émotions, un message, dans un souci d’accessibilité.

Sa Troisième Symphonie est l’œuvre qui contribue le plus à sa réputation : composée en 1976, elle est créée en 1977 à Royan sous la direction d’Ernest Bour. La pièce se compose de trois mouvements lents à l’intérieur desquels la soprane donne vie à trois textes : une lamentation de la collection des Chants Lysagora du Monastère de la Sainte Croix (seconde moitié du XVème siècle) dans le premier mouvement, une prière inscrite sur le mur de la cellule n°3 du sous-sol du siège central de la Gestapo à Zakopane par Helena Wanda Bła˙zusiakówna dans le second, un chant populaire dans le dialecte de la région d’Opole dans le troisième et dernier.

La simplicité de la partition surprend. La constante alternance des modes majeurs et mineurs raconte toute la difficulté de ce long cheminement, de la plainte à l’espoir. L’intégralité de la symphonie est construite sur un principe d’accumulation progressive, un jeu de superposition des instruments qui donne lieu à une expansion émouvante, une amplification qui trouve sa conclusion dans les toutes dernières minutes de l’œuvre. La constante volonté d’élévation aboutit finalement dans un dernier retour au mode majeur, éclatant et porteur d’espoir.